Laurentia: le délai accordé au Port choque les opposants

Stéphanie Martin, Journal de Québec, publié le 11 janvier 2021

Le délai obtenu d’Ottawa par le Port de Québec dans le dossier Laurentia choque plusieurs opposants, dont Québec solidaire.

«On veut que l’agence prenne une décision finale éclairée, mais, à un certain moment, la partie de balle a assez duré. Les règles du jeu favorisent clairement les promoteurs au détriment des citoyens», s’est insurgée Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire en matière de transports et d’environnement.

La députée de QS réagissait au sursis d’une durée indéterminée accordé par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada. L’agence a suspendu le délai pour la prise de décision du ministre de l’Environnement sur le projet d’agrandissement du Port de Québec. Celle-ci devait être rendue au plus tard le 17 février, mais le Port a demandé un délai pour apporter de nouvelles réponses aux questionnements de l’agence, avant que cette dernière ne rende son rapport final. La version préliminaire critiquait sévèrement le projet. 

«Inéquitable»

Pour QS, c’est un avantage indu qui est donné au Port. «C’est inéquitable et inacceptable que le Port de Québec ait obtenu l’autorisation de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AÉIC) pour étirer les délais de l’étude environnementale, qui a cours depuis 2015», a soumis Mme Ghazal, par voie de communiqué. Pour elle, le Port tente de «maquiller la vérité». Elle conteste l’attitude contradictoire du promoteur. «Il y a deux mois, le Port, la Ville et la CAQ pressaient le fédéral de rendre une décision prématurée, l’accusant de retarder le processus. Or, maintenant que le vent a tourné, c’est le Port qui supplie le fédéral de repousser le verdict final.»

Conseil de quartier

Par ailleurs, le conseil de quartier de Maizerets s’oppose lui aussi à la requête du Port, qualifiée d’«abusive et basée sur des argumentaires questionnables».

Il a d’ailleurs fait parvenir à l’agence une lettre lui demandant de refuser tout délai supplémentaire au promoteur. «Nous rappelons la ferme opposition du conseil de quartier Maizerets au projet Laurentia et nous lançons à nouveau un cri du cœur… Notre quartier et ses résidents méritent mieux que ce que l’on veut à nouveau lui imposer!»

Depuis 2015, le Port était tout à fait au courant des problématiques de qualité de l’air, plaide la présidente du conseil, Joséphine Hénault, dans sa lettre. Selon elle, le Port a eu amplement le temps d’aller à la rencontre des citoyens à ce sujet. Au contraire, selon la présidente, il a «nié» le problème et fait preuve d’un «manque criant de sensibilité envers les besoins exprimés par la communauté».

«Nous considérons que la demande présentée par le promoteur n’est pas fondée et a pour seule fin d’obtenir un avantage inéquitable dans ce processus, et ce, au détriment de la communauté impactée.»

L’agence doit préciser le délai accordé dans les semaines à venir.

États généraux demandés

Le conseiller du secteur, Jean Rousseau, propose quant à lui la tenue d’États généraux sur la cohabitation entre le Port et la Ville de Québec. Il a soumis cette idée dans une lettre adressée récemment au premier ministre François Legault, ainsi qu’au ministre fédéral Jean-Yves Duclos, au maire de Québec, Régis Labeaume et au président directeur général du Port, Mario Girard. 

L’objectif serait d’améliorer une communication entre le Port et la communauté, qui s’est «effritée» avec les années, en raison d’épisodes de pollution. 

«Il semble probable que le projet Laurentia ne sera pas approuvé dans son état actuel. Le Port, la Ville de Québec et les gouvernements du Québec et du fédéral devraient s’entendre dès maintenant pour convoquer un grand forum sur l’avenir du Port de Québec en lien avec sa communauté environnante et les divers acteurs associés aux projets de développement», écrit Jean Rousseau. 

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