Agrandissement du Port de Québec: une conseillère plus revendicatrice que le maire

Annie Morin avec Valérie Gaudreau, Le Soleil, publié le 13 février 2017

(Québec) La conseillère municipale Suzanne Verreault, qui représente le district de Limoilou et préside le Comité de vigilance des activités portuaires (CVAP), signe un mémoire qui considère comme «inacceptable» le dépassement des normes de qualité de l’air avant et après l’agrandissement du port de Québec en plus de réclamer davantage d’informations sur les effets cumulatifs du projet sur les quartiers et les résidents avoisinants.

Le mémoire a été déposé vendredi à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (ACEE), qui recueillait les commentaires sur l’étude d’impact environnemental portant sur l’aménagement d’un quai multifonctionnel dans le secteur de Beauport.

Mme Verreault, membre de l’Équipe Labeaume et du comité exécutif de la Ville de Québec, n’y prend pas position sur le projet d’agrandissement portuaire comme tel, mais exprime avec les membres votants du CVAP de nombreuses insatisfactions quant à son évaluation.

Cela tranche avec l’appui sans réserve manifesté par le maire Régis Labeaume aux plans d’avenir de l’Administration portuaire de Québec (APQ). Celui-ci a même invité les opposants à cesser de «diaboliser» l’organisation canadienne.

Le mémoire du CVAP établit d’entrée de jeu que «l’étude d’impact environnemental, dans sa forme actuelle, ne dresse pas un portrait représentatif des effets cumulatifs sur les milieux physiques et humains».

Il y a notamment des interrogations sur les émissions des composés organiques volatils, qui seraient sous-évaluées à l’heure actuelle et pour le futur.

Est aussi critiqué le dépassement – admis par le Port – des valeurs seuils du Conseil canadien des ministres de l’environnement (CCME) pour les particules fines présentes dans l’air, dépassement qui ne peut que s’accroître d’ici l’exploitation en 2020.

Circulation

Comme l’Initiative citoyenne de vigilance du port de Québec, le comité présidé par MmeVerreault juge que la problématique des poussières n’a pas été suffisamment étudiée. Il voudrait également savoir quel sera l’impact du projet sur la circulation routière et ferroviaire pendant la construction et après.

«Au niveau de l’étude, c’est sûr qu’on n’est pas satisfaits. C’est un projet dont on ne sait pas comment il va être déployé, qui seront les utilisateurs», et conséquemment quels seront les effets sur le voisinage, déplore Mme Verreault. «C’est incomplet, ça ne nous guide pas, ça ne nous rassure pas», ajoute-t-elle. Et encore : «De ce que je lis des autres mémoires, on arrive tous à ce point-là aussi.»

La conseillère municipale dit se sentir très à l’aise de publiciser ces constatations malgré la position tenue par le maire Labeaume. Elle rappelle avoir posé comme condition à sa présidence, en 2013, une totale indépendance par rapport au politique, dont elle est pourtant issue. «C’est respecté à 100 %. Personne n’est intervenu dans mon travail», témoigne-t-elle.

Mme Verreault comprend que son chef tienne un discours essentiellement économique, mais assure qu’il «comprend bien aussi les impacts sur la santé des citoyens».

Lundi, le maire de Québec a qualifié le dossier de «très très tranquille» depuis l’épisode de poussière rouge de 2012. «Il y aura toujours des opposants, c’est inévitable. En même temps, il faudrait que les opposants arrivent avec des preuves pour soutenir leurs dires», a-t-il aussi commenté.

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, la Ville de Québec n’a pas déposé récemment de lettre ou de mémoire à l’ACEE concernant l’étude du Port. M. Labeaume a affirmé lundi – à tort – qu’il était impossible pour la Municipalité de le faire à ce moment-ci du processus. Avec Valérie Gaudreau

Huit profs et un groupe exigent une enquête sur l’appui du recteur

L’appui du recteur de l’Université Laval au projet d’agrandissement du port de Québec fait des vagues. Huit professeurs joignent leurs voix à un groupe environnemental pour réclamer une enquête sur les liens entre les deux institutions et l’influence de Marie-France Poulin, présidente des deux conseils d’administration.

La semaine dernière, une vingtaine de têtes d’affiche du milieu économique ont signé une lettre pour appuyer publiquement les volontés d’expansion de l’Administration portuaire de Québec (APQ) dans le secteur Beauport. Denis Brière, recteur sortant de l’Université Laval, était du nombre.

Dès le lendemain, le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), qui s’est fait connaître pour son opposition au terminal méthanier Rabaska, réclamait la démission du dirigeant. «Autant dans les faits qu’en apparences, une université ne doit se mettre au service de quelque gouvernement, de quelque pouvoir économique ou réseau d’influences, de quelque façon que ce soit», a dénoncé Pierre-Paul Sénéchal, président du GIRAM, dans une lettre adressée au conseil d’administration de l’Université Laval et envoyée au Soleil.

«De plus, le GIRAM s’interroge à bon droit au sujet des liens de proximité pouvant exister entre la présidente du conseil d’administration de l’Université Laval, madame Marie-France Poulin, laquelle assume en même temps la présidence du conseil d’administration du Port de Québec. Compte tenu du contexte, il s’agit d’une question qui mérite un examen sérieux de la part du ministre de l’Enseignement supérieur du gouvernement du Québec», poursuivait-il.

Huit professeurs de l’Université Laval ont repris la balle au bond et réclament aussi l’intervention de la ministre Hélène David. «La signature du recteur devrait, sinon étonner, mener à interroger les raisons d’une action politique aussi visible, et à exiger de monsieur Brière qu’il exprime clairement le «pourquoi» de cet appui public à Beauport 2020», écrivent-ils dans une lettre transmise au Soleil.

Message «inquiétant»

Ils qualifient le message envoyé par le recteur d’«inquiétant» pour les membres de la communauté universitaire qui habitent les quartiers subissant les effets des activités portuaires et craignent des effets sur la recherche universitaire. «[La position de M. Brière] pourrait intimider les chercheurs qui s’intéressent de près ou de loin à l’agrandissement du port de Québec ou à toute autre controverse publique», expliquent les signataires.

Ceux-ci proviennent de trois facultés et, vérification faite, seulement deux habitent Limoilou.

L’Université Laval a fait savoir que ni le recteur ni la présidente du conseil d’administration ne souhaitaient commenter.  Annie Morin

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